BRÉSIL : QUEL BILAN POUR LULA ? (1/2) Cette émission a été diffusée la première fois en septembre 2010

Lectures

Le Brésil au sortir des années Lula
Nombreuses contributions sous la direction de Dominique Vidal
Choiseul éditions Problèmes d'Amérique latine n° 78
09/2010

Problèmes d'Amérique latine est une revue française sur les questions latino-américaines.

Créée en 1964 par La Documentation française, elle a été reprise en 2002 par l’Institut Choiseul que préside Pascal Lorot.

Au sommaire :

Le Brésil au sortir des années Lula – éditorial de Dominique Vidal

Permanences et évolutions.

À propos des nouveaux regards sur le Brésil - Dominique Vidal

Le Brésil comme puissance : portée et paradoxes - Jean Daudelin

Bilan économique, succès et limites - Pierre Salama

Le Parti des travailleurs sous les gouvernements Lula : entre

« normalisation » et réaffirmation de l’identité partisane - Marie-Hélène Sa Vilas Boas

Réflexions sur la « société de consommation » brésilienne - Paul Cary

Brésil Un géant qui s’impose

Le Monde Collection : Hors-série
09/2010

Avant l’élection présidentielle du 3 octobre, ce nouveau hors-série passe en revue, à travers enquêtes, reportages, interviews (Fernando Henrique Cardoso, Carlos Ghosn, Alain Rouquié…), les atouts, les faiblesses et les attentes de cette puissance émergente, avec laquelle il faut désormais compter.

Sur les scènes : diplomatique, économique et politique, ce pays, en plein effervescence, pèse et tend à imposer ses choix. Qu’en fera Dilma Rousseff, la dauphine de Lula et grande favorite dans les sondages ?

Ce hors-série se propose de brosser le portrait de ce nouveau Brésil ambitieux, innovant et aux ressources immenses. Il met également en lumière ce qui fragilise ce pays-continent (violence, népotisme, clientélisme, disparités de revenus).

Empires et nouvelles puissances
Diplomatie n°45
AREION Group
juillet-août 2010

Un empire est un État qui, fort de sa puissance, pratique un expansionnisme territorial aussi large que possible en dominant des populations aux origines ethniques ou religieuses différentes. On peut considérer le XXe siècle comme celui de la disparition de la plupart des empires territoriaux, le dernier en date étant l’URSS.

Le rapport des empires à la puissance

Reste la Chine. Traditionnellement impériale, elle contrôle, depuis des siècles, le Xinjiang, le Tibet, la Mongolie intérieure qui constituent des territoires considérables, bien que fort peu peuplés. Les Chinois représentent plus de 90 % de la population totale. L’Iran est, toute proportion gardée, dans une situation comparable, mais les Persans ne représentent pas 50 % de la population iranienne (Azéris, Kurdes, Baloutches, etc.). Le Shah n’était-il pas empereur ? Le dernier souverain d’Éthiopie, destitué en 1974, régnait également sur un empire constitué à la fin du XIXe siècle, à partir de l’Abyssinie chrétienne et qui, grâce à Ménélik Ier (mort en 1913) a triplé son territoire au détriment, entre autres, de la Somalie.

Les États-Unis ne sont pas un empire au sens classique, Raymond Aron parlait justement de « république impériale ». Celle-ci, une fois atteinte sa frontière du Pacifique, était surtout préoccupée de la liberté des mers et des échanges. Par deux fois, les États-Unis ont participé aux guerres mondiales, comme malgré eux, mais au terme de la Seconde, ils ont exercé, face à l’URSS, un imperium de fait sur « le monde libre ».

A la chute de l’Union soviétique (1991), l’euphorie s’est emparée des États-Unis et on constate, progressivement et de façon feutrée, un refoulement de l’ex-URSS vers les frontières de la Russie avec l’extension de l’OTAN jusqu’aux républiques baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie). Par la suite, la construction et la mise en service de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (port turc) ont permis aux compagnies occidentales d’accéder aux ressources du bassin caspien, jusque-là chasse réservée de Moscou. Les révolutions de couleurs, en Géorgie, en Ukraine et de façon plus ambiguë au Kirghizstan, à la frontière du Xinjiang chinois, accentuaient le refoulement de l’ancienne Union soviétique, entamé sous Boris Eltsine. Celui-ci prenait fin brusquement en 2008 avec la brève guerre de Géorgie due à une erreur stratégique du président géorgien. Déjà, l’extraordinaire supériorité militaire américaine butait devant les guerres irrégulières suscitées par les conséquences du 11 septembre 2001 et le projet des néoconservateurs, de restructuration du « Grand Moyen-Orient ». La récente redéfinition des ambitions stratégiques des États-Unis par le président Barack Obama prend acte de la nouvelle configuration mondiale et des moyens des États-Unis.

La suite du texte de Gérard Chaliand : « Sur quelques anciens empires » et « Les anciens empires capables d’agir sur la scène internationale » est sur le site : www.diplomatie-presse.com/?p=2846 :

Gérard Chaliand est géopolitologue, spécialiste des conflits armés et poète. Il est également conseiller auprès du Centre d’analyse et de prévision du ministère des Affaires étrangères français depuis 1984. Il est régulièrement professeur invité dans de nombreuses universités étrangères (Harvard, Montréal, Berkeley…).

Brésil, Terre d’avenir
Stefan Zweig
Livres de Poche
2005

En écrivant ce livre, Stefan Zweig cherchait une réponse à la question qu’il se posait, et pose à nouveau dans sa préface : “ Comment les hommes peuvent-ils arriver à vivre en paix sur la terre en dépit de toutes les différences de races, de couleurs, de religions et de convictions ? ” Où trouver mieux qu’au Brésil, pays métis par excellence, cette réponse ? Voilà l’origine et le motif du livre.

En 1940, fuyant le désastre de l’Europe, Stefan Zweig s’installe au Brésil, découvert quelques années plus tôt. Très vite, ce pays va le fasciner. Par sa beauté et son immensité, certes ; mais aussi et surtout par la vitalité avec laquelle il lui semble inventer une nouvelle forme de civilisation.

Indiens, Portugais, descendants des conquérants, Noirs issus de l’esclavage, Italiens ou Allemands d’immigration récente : à Rio, à Bahia ou à São Paolo, l’écrivain autrichien s’enthousiasme de voir comment des citoyens de toutes races, de toutes confessions, loin de s’ancrer dans l’identitarisme, entreprennent ensemble de construire un pays neuf, qui, malgré sa puissance, ne vise à exercer aucun impérialisme.

Idéalise-t-il ce pays ? Peut-être. Mais c’est parce qu’il y trouve des raisons d’espérer. En 1942, au lendemain de la chute de Singapour, il se donne toutefois la mort à Petropolis, rongé par l’inquiétude qui l’a toujours habité en laissant cette lettre :

« Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j’éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m’a procuré, ainsi qu’à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même.

Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d’errance. Aussi, je pense qu’il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.

Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »

Stefan Zweig, Pétropolis, 22 février 1942.

Njinga, reine d’Angola
Giovanni Antonio Cavazzi de Montecuccolo
Éditions Chandeigne Collection Magellane n° 44 416 p., 32 p. couleurs, 40 cartes & gravures.
2010

L’histoire de la reine Njinga – ou Nzinga – (1582-1663), retombée de nos jours dans l’oubli, est pourtant un des épisodes les plus étonnants de l’histoire africaine. Elle était née en 1582, deux ans après l’unification de l’Espagne et du Portugal (1580-1640), à peine six après la fondation de la colonie portugaise de Luanda (1576). Son frère – roi du Ndongo (Angola) – tua son fils unique, avant de mourir lui-même, sans doute empoisonné par sa sœur. Elle se vengea ensuite sur son neveu, qu’elle fit égorger, et devint reine en 1624 à la tête des Imbangala (Jaga), une secte militaire nomade qui ravageait le pays, gouvernée par des lois d’une violence et d’une cruauté terrifiantes, et dont elle épousa les rites, notamment le cannibalisme et le meurtre rituel des nouveaux-nés.

Menant elle-même ses troupes au combat, elle entretint pendant trente ans une guerre contre les Portugais. Elle remporta quelques victoires, notamment lors de l’occupation néerlandaise de Luanda (1641-1648), mais après une série de revers, accepta la paix et, par calcul davantage que par conviction, de se convertir elle et son peuple.

Deux confesseurs de l’ordre des capucins, Gaeta et Cavazzi, se succédèrent pour la confesser, ce qui fut long car elle dut obtenir le pardon de ses crimes, qui étaient aussi nombreux qu’atroces. Elle mourut à 81 ans, presque en odeur de sainteté, avant que le rejet de la greffe chrétienne et les guerres ne replongent le pays dans le chaos.

Publié en 1687, le récit du second, ici traduit, nous plonge « au cœur des ténèbres », en compagnie d’une femme intelligente, impitoyable, sexuellement dominatrice (elles s’entouraient de jeunes esclaves sexuels qu’elles punissaient de mort à la moindre infidélité), mais dont le caractère et les actes le fascinent. S’il accentue en effet, presque avec ferveur, la cruauté et l’immoralité de la reine, c’est pour donner ensuite davantage de relief au « miracle de sa conversion » de celle qui incarna la force antichrétienne la plus démoniaque d’Afrique. En écrivant, il pense profondément qu’il lui a été donné d’assister à un des plus extraordinaires phénomènes de rédemption de l’histoire des missions chrétiennes, arrachant la criminelle la plus endurcie des flammes et de l’Enfer et la guidant tel Orphée vers le salut..

Le témoignage de Cavazzi est exceptionnel, car l’homme est aussi attentif aux détails des pratiques de la vie quotidienne qu’à ceux des « cultes diaboliques » que les autres missionnaires répugnent même à évoquer. Par ses descriptions, et aussi par ses dessins – retrouvés récemment avec son manuscrit original –, Cavazzi livre non seulement un récit littéraire et historique d’une grande force, mais aussi un incomparable document ethnographique sur l’Afrique centrale au XVIIe siècle.

Mieux qu’un roman, la relation présentée ici, accompagnée des gravures de la première édition et de l’ensemble des dessins du manuscrit, fait revivre un des personnages les plus extraordinaires de l’histoire africaine.

John Thornton & Linda Heywood, enseignants à la Boston University, comptent parmi les meilleurs spécialistes de l‘Afrique centrale au XVIIe siècle, notamment de l’Angola et de la reine Njinga sur laquelle il travaille depuis 30 ans. – Alix du Cheyron d’Abzac, italianiste, a déjà traduit La mission au Kongo chez le même éditeur. – Xavier de Castro est le pseudonyme de Michel Chandeigne, déjà responsable du Voyage de Magellan et d’autres livres de la collection.