EXHIBITIONS OU L’INVENTION DU SAUVAGE Cette émission a été diffusée la première fois en mars 2012

Lectures

Exhibitions. L'invention du sauvage (le catalogue)
Sous la direction de Pascal Blanchard, Gilles Boëtsch, Nanette Jacomijn Snoep et les préfaces de Lilian Thuram et Stéphane Martin
Actes Sud
11/2011

L’Occident a inventé le “sauvage”. Ce fut un immense spectacle, avec ses figurants, ses décors, ses impresarios, ses drames et ses récits incroyables. C’est une histoire oubliée. Elle est pourtant au carrefour de l’histoire coloniale, de l’histoire de la science et du monde du spectacle et des grandioses expositions qui ont façonné le monde pendant plus d’un siècle. Ce fut le temps des exhibitions humaines et du “racisme scientifique”, un temps où des hommes venaient voir des “monstres” ou des “exotiques”, non pas pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils sont censés être. Ces exhibitions populaires ont produit des multitudes d’images pour convaincre les visiteurs et fasciner les publics. À l’occasion d’une exposition-événement au musée du quai Branly, ce livre-anthologie en montre les traces, grâce à quelque cinq cents documents exceptionnels, pour la plupart, inédits, issus de collections publiques et privées, accompagnés des analyses de soixante-dix spécialistes internationaux.

Ainsi, au fil de douze chapitres divisés en trois parties, le lecteur entre dans l’histoire des zoos humains. Avec plus d’un milliard de visiteurs et des dizaines de milliers d’exhibés, ce phénomène international, qui commence au XVIe siècle et connaît son apogée dans le premier tiers du XXe siècle, accompagne la mise en place des empires et touche les peuples aux quatre coins de la planète, fabriquant un modèle unique du “sauvage”, sorte de mondialisation avant l’heure, de Tokyo à Hambourg, de Chicago à Londres, de Paris à Barcelone, de Bâle à Johannesburg… À travers ce passé oublié, dont il reste des milliers de témoignages, on mesure de quelle façon l’idée de domination s’est généralisée et a imprégné le monde sur un temps relativement court.

Cet ouvrage explore les frontières parfois ténues entre “exotiques” et “monstres”, science et voyeurisme, exhibition et spectacle, et questionne le lecteur sur ses propres représentations dans le monde d’aujourd’hui. Si ces exhibitions disparaissent au cours des années 1930, elles auront largement accompli leur œuvre – bâtir deux humanités – , et nous commençons à peine à comprendre la puissance de ce qui n’était alors que de la curiosité.

Pascal Blanchard est historien, spécialiste du fait colonial, chercheur associé au CNRS (laboratoire Communication et Politique, UPR 3255), co-directeur du Groupe de recherche Achac.

Gilles Boëtsch est chercheur à l'ESS/CNRS à Dakar.

Nanette Jacomijn Snoep est responsable de l'unité patrimoniale des collections Histoire du musée du quai Branly.

1931. Les étrangers au temps de l'Exposition coloniale
Co-écrit par Laure Blévis, Hélène Lafont-Couturier, Nanette Jacomijn Snoep et Claire Zalc
Editions Gallimard
05/2008

Le 6 mai 1931, la France inaugure l'Exposition coloniale internationale. Il s'agit de présenter aux métropolitains l'Empire dans toute sa diversité et toute sa grandeur. Mais à l'heure où la France exalte son Empire et sa "mission civilisatrice", la présence sourde mais massive de 3 millions d'étrangers sur le territoire métropolitain en fait l'un des premiers pays d'immigration au monde. Derrière les images et les représentations d'une France impériale à l'apogée de sa puissance se cache une autre France, terre d'émigration, traversée par de nombreuses tensions en un moment où la crise économique frappe le pays de plein fouet : chômage, xénophobie, antisémitisme, racisme, mises en cause du droit d'asile, expulsions mais également prémices d'une contestation de l'ordre colonial. Au travers de différents thèmes – le spectacle de l'Exposition coloniale de 1931, les conséquences de la crise sur l'immigration étrangère et coloniale, l'engagement politique, les questions de statuts et de contrôle policier, mais également la relation aux autres et la participation des immigrants à la vie culturelle – cet ouvrage interroge les mémoires croisées de la colonisation et de l'immigration en France et évoque les traces laissées par ces deux histoires dans la France d'aujourd'hui. Illustré de près de 200 documents, il réunit des textes de référence avec les contributions de plus de vingt auteurs.

Nanette Jacomijn Snoep a été co-commissaire de l’exposition 1931: Les étrangers au temps de l’Exposition coloniale à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, en 2008 et en a co-dirigé le catalogue. Elle est aussi auteur de Recettes des dieux : Esthétique du fétiche chez Actes Sud. Elle est co-commissaire de l'exposition Exhibitions : L'invention du sauvage au musée du quai Branly.

Zoos humains et exhibitions coloniales - 150 ans d'inventions de l'Autre
Ouvrage collectif, sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Éric Deroo et Sandrine Lemaire
La Découverte
11/2011

Les "zoos humains", symboles oubliés de l'histoire contemporaine, ont été totalement refoulés de notre mémoire collective.

Ces exhibitions de "sauvages", aussi bien des "exotiques" que des "monstres", ont pourtant été en Europe, aux États-Unis et au Japon, une étape majeure du passage progressif d'un racisme scientifique à un racisme populaire. Au carrefour du discours savant, des cultures de masse et de l'intérêt des puissances coloniales, ces exhibitions ont touché environ un milliard et demi de visiteurs depuis l'exhibition en Europe de la Vénus hottentote, au début du XIXe siècle.

Ces exhibitions, peuplées d'êtres difformes et de personnes en provenance des espaces coloniaux d'Afrique, d'Amérique, d'Océanie ou d'Asie, comme appartenant à un univers de l'anormalité, disparaîtront progressivement avec les années 1930, mais elles avaient fait alors leur œuvre : bâtir deux humanités. Véritable ouvrage de référence sur la question, rassemblant les meilleurs spécialistes internationaux, cette nouvelle édition de Zoos humains. Au temps des exhibitions humaines est entièrement refondue et largement complétée. Fruit de plus de dix ans de recherches, elle paraît à l'occasion de l'exposition Exhibitions : l'invention du sauvage, organisée au musée du quai Branly à Paris.

Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire sont historiens. Gilles Boëtsch est anthropobiologiste. Eric Deroo est cinéaste.

Ils travaillent depuis vingt ans sur le "fait colonial", les imaginaires, les représentations du corps, les migrations des Suds en France et la "culture coloniale". Ils ont publié une cinquantaine d'ouvrages sur ces sujets et réalisé plusieurs documentaires ou expositions.

Paris 1931 - Revoir l'exposition coloniale
Didier Grandsart
Fvw Editions
10/2010

Du 6 mai au 15 novembre 1931 s'est tenue aux abords de la Porte dorée, à Paris, l'Exposition coloniale internationale.
Pourquoi et comment a été construite, au bois de Vincennes, cette ville de cent-dix hectares dont la visite, disait la publicité, permettait de faire le tour du monde en un jour ? Quelle était la véritable situation des deux mille indigènes acteurs et figurants de ce théâtre multicolore ? Avec quelle vision de l'empire français, les huit millions de visiteurs ont-ils quitté l'exposition ? Qu'y avait-il réellement derrière ce majestueux miroir de la colonisation et ne s'agissait-il pas d'un miroir déformant ?

Alors même que le débat avait été constant avant la première guerre mondiale - il suffit de se rappeler la violente opposition de Clemenceau au colonialisme - alors même qu'au moment de l'exposition, des milliers de noirs, soumis au travail forcé, laissaient leur vie dans la construction du chemin de fer Congo-Océan et que les avions de l'Armée française bombardaient des villages et des populations civiles en Indochine, l'Exposition coloniale se révélait être l'apogée d'un système qui recueillait alors un consensus quasi-général.


Illustré de 300 photographies et documents inédits, l'ouvrage permet de revoir l'Exposition coloniale.
Didier Grandsart est galeriste, commissaire d'expositions et historien d'art depuis 25 ans.

Cannibale
Emmanuel Reuzé, Didier Daeninckx
Emmanuel Proust Editions / Collection Atmosphères
10/2009

Exposition coloniale de 1931, à Paris... Des dizaines de Kanaks, présentés comme des anthropophages, sont la principale attraction du pavillon de la Nouvelle-Calédonie. Soudain, le directeur de l'exposition décide de les échanger contre des crocodiles allemands... Écrit pour le 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage et maintenant adapté en bande dessinée, ce récit, inspiré d'une histoire vraie, montre les dérives d'un système colonial à son apogée.

Emmanuel Reuzé vit à Rennes. Dessinateur et scénariste, il a réalisé la trilogie Ubu roi avant de s'attaquer à Cannibale. Son trait réaliste et ses couleurs directes restituent admirablement bien l'atmosphère de la France des années 1930, comme l'univers exotique de l'Exposition coloniale.

Didier Daeninckx est né en 1949 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Imprimeur, animateur culturel puis journaliste, c'est en 1983 qu'il écrit Meurtres pour mémoire qui sera suivi de plus de vingt-cinq autres ouvrages dont La mort n'oublie personne, Zapping ou Cannibale. Cannibale a été réédité par Gallimard dans la collection Folio.

Génocides tropicaux
Mike Davis, traduit par Marc Saint-Upéry
La Découverte - Collection La Découverte/Poche
06/2006

À la fin du XIXe siècle, plus de cinquante millions de personnes moururent dans d'épouvantables famines qui survinrent quasi simultanément en Inde, au Brésil, en Chine et en Afrique. Déclenchées par le phénomène climatique aujourd'hui connu sous le nom d'El Niño, la sécheresse et les inondations provoquèrent des épidémies terribles, l'exode des populations rurales et des révoltes brutalement réprimées. C'est cette tragédie humaine absolument méconnue que Mike Davis relate dans cet ouvrage. Il montre en particulier comment la « négligence active » des administrations coloniales et leur foi aveugle dans le libre-échange aggrava de façon meurtrière ces situations catastrophiques. Ce livre offre une description saisissante des méfaits du colonialisme et de son régime politique et économique. Il présente ainsi un autre regard sur la naissance du tiers-monde, en construisant une double histoire économique et climatique du développement, qui conduit à penser l'interconnexion des deux grandeurs, naturelles et humaines, dans le cadre de ce qui était déjà, au XIXe siècle, un « système-monde ». À bien des égards, Génocides tropicaux ajoute un chapitre important au grand Livre noir du capitalisme libéral.

L'auteur, autodidacte, né en 1946, a reçu le Best Book Award de l'American Social Science et le prix 1998 Lire la Ville.

Un livre commenté sur : http://dormirajamais.org/famines/

Nous sommes des sang-mêlés - Manuel d'histoire de la civilisation française
Lucien Febvre et François Crouzet, présentation de Denis Crouzet et Élisabeth Crouzet
Albin Michel
03/2012

En 1950, le grand historien Lucien Febvre aidé par un jeune assistant en Sorbonne, François Crouzet, se lance un défi : écrire, en réponse à une sollicitation de l'Unesco, un manuel « modèle » d'histoire de la civilisation française. Oublié jusqu'à aujourd'hui dans un grenier poussiéreux, ce livre veut prouver qu'il n'y a pas d'identité française providentiellement surgie de la nuit des temps, mais que la France s'est progressivement créée grâce à un constant métissage ethnique et culturel qui est le cœur battant de sa civilisation. Véritable défense et illustration du caractère « international » et «interdépendant » de toute nation, Nous sommes des sang-mêlés dénonce les tentations de refus de l'autre qui ont conduit aux atrocités des conflits mondiaux du XXe siècle. Selon Febvre et Crouzet, l'historien a pour mission, scientifique et éthique, d'éliminer les ferments de haine xénophobe entretenus par l'enseignement d'une histoire trop nationaliste et d'ouvrir les esprits à l'idée d'une « fraternité » universelle qui serait l'essence même du passé et donc du présent. Livre singulier d'histoire engagée, promotion d'un projet de paix qui serait l'avenir de l'humanité, Nous sommes des sang-mêlés conserve toute sa pertinence aujourd'hui.

Fondateur avec Marc Bloch de l'École des annales, Lucien Febvre (1878-1956) a profondément renouvelé, par ses travaux, la conception de l'histoire et l'historiographie françaises.

Professeur émérite à la Sorbonne, historien, François Crouzet (1922-2010) a publié de nombreux ouvrages d'histoire économique.

Agenda

16e Festival de l’Imaginaire - rituels, spectacles et musiques du monde
Maisons des cultures du monde - Paris
Du 9 mars au 17 juin 2012
Un événement réalisé par la Maison des Cultures du Monde sous la direction d’Arwad esBer

"C'est ensemble que nous pourrons défendre la diversité culturelle de l'humanité, nous enrichir en reconnaissant l'Autre, cet Autre qui est constitutif de nous-mêmes." (Arwad Esber)

Dédiée à l’accueil des manifestations étrangères selon tous leurs modes d’expression et quel que soit leur milieu d’origine – profane ou sacré, savant ou populaire, professionnel ou non professionnel, lettré ou oral, traditionnel ou contemporain... –, la Maison des cultures du monde œuvre à la promotion et à la défense du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Le Festival de l'imaginaire y apporte chaque année une réponse en partageant avec le public une programmation qui explore l'imaginaire de l'humanité, levant le voile sur des arts parfois méprisés, souvent marginalisés.

Ce programme exigeant essaimera sur la scène parisienne, par exemple, les marionnettes Yakshagana du Karnataka, le Hat Chéo, (théâtre populaire dansé et masqué) du Vietnam, les Qhapaq Negro péruviens, mais aussi les Rifaï, une confrérie soufie qui s'est étendue depuis Bagdad jusqu'aux Balkans, ou encore l'orchestre arabo-andalou de Fès.

Le festival s'achève en juin sur une programmation dédiée au Cap-Vert.

La Maison des cultures du monde a été fondée en 1982 par Chérif Khaznadar afin de répondre à la nécessité d’appliquer le principe de réciprocité dans les relations culturelles françaises avec le monde. Elle est internationalement reconnue pour son expertise en matière de prospection sur le terrain, d’ingénierie culturelle et de programmation (spectacles, concerts, rituels, performances, rencontres, expositions...) notamment dans le cadre du Festival de l’imaginaire.

La Maison des cultures du Monde, dirigée actuellement par Arwad Esber, est également l’opérateur délégué du ministère de la Culture et de la Communication pour la conception et la réalisation de programmes d’accueil et de formation (programmes “courants”) destinés à des responsables culturels de tous les pays du monde.