LES NAXALITES Cette émission a été diffusée la première fois en mai 2011

Lectures

Mondes rebelles : Asie du Sud - Fondamentalisme, séparatisme, maoïsme
Laurent Gayer
Michalon
18/06/2009

Enlisement de l'OTAN en Afghanistan, offensive des talibans au Pakistan, tensions intercommunautaires en Inde, guérilla tamoule au Sri Lanka...

Abritant 1/5e de la population mondiale, l'Asie du Sud est l'une des régions les plus dynamiques mais aussi les plus violentes de la planète. Si pendant des décennies, les insurrections séparatistes, politico-religieuses et révolutionnaires y ont provoqué des dizaines des milliers de victimes dans la relative indifférence de la communauté internationale, le 11 septembre 2001 a propulsé ce foyer de tensions au cœur de l'actualité mondiale.

Cet ouvrage s'intéresse aux divers acteurs des conflits du sous-continent indien et de son pourtour. Retraçant la trajectoire historique des milices et guérillas locales, l'auteur détaille leurs revendications respectives, leurs modalités de recrutement ou encore leurs éventuels réseaux de soutien à l'étranger. Découpé selon une approche géographique, ce volume inaugure une nouvelle version de l'encyclopédie Mondes rebelles, la cinquième depuis 1996.

La démocratie : notes de campagne En écoutant les sauterelles
Arundhati Roy, traduction de Jean Demanuelli
Editeur Gallimard Collection : NRF Essais
2011

Arundhati Roy a délaissé le roman pour ne plus écrire que des textes de combat, reflétant un engagement politique aussi intègre que virulent.

Dans les articles polémiques ici réunis, elle dénonce des scandales et des atrocités survenus en Inde : le massacre planifié de musulmans, perpétré en toute impunité ; la corruption du système judiciaire ; la répression et la terreur qui règnent au Cachemire ; enfin, les mensonges médiatiques entourant les récents attentats de Bombay... Cet ouvrage a donc l'immense mérite de mettre en lumière les dérives scandaleuses et méconnues de la 4e " plus grande démocratie du monde ".

Mais elle élargit encore son propos en réfléchissant à la multiplication des génocides dans le monde ainsi qu'à la possibilité de mettre sur pied un mouvement démocratique qui résisterait à la répression d'Etat et à tous les fanatismes, comme à la confiscation des ressources économiques par les multinationales. Ce recueil forme donc un contrepoint idéal au « Deuxième avion » de Martin Amis : par-delà leurs partis pris souvent opposés, les deux écrivains se rejoignent dans une même exigence morale, et dans l'éloquence d'une écriture combative.

L'auteur en quelques mots

Après des études d'architecture, Arundhati Roy s'est consacrée au cinéma en tant que décoratrice et scénariste.

Elle vit à New Delhi. Son premier roman, Le Dieu des Petits Riens, a été salué comme un événement littéraire dans le monde anglophone et s'est vu décerner le Booker Prize en 1997. Elle est également l'auteur de nombreux essais tels que Le coût de la vie (1999), Ben Laden, secret de famille de l'Amérique (2001) ou L'écrivain-militant (2003).

Milices armées d'Asie du Sud - Privatisation de la violence et implication des États
Laurent Gayer et Christophe Jaffrelot
Presses de Sciences Po Collection : Académique
2008

Le nombre de victimes de guerres civiles, guérillas ou répressions militaires ne cesse d'augmenter dans le sous-continent indien, malgré l’absence de guerres interétatiques depuis dix ans. Ces conflits impliquent des milices au style paramilitaire, dont cet ouvrage dévoile l’idéologie, la sociologie et les stratégies.

Très influentes en Inde et au Népal, les organisations maoïstes se disent révolutionnaires. Mais le peuple qu’elles aspirent à libérer se compose souvent de basses castes et de tribus, si bien que leur guérilla apparaît plus ethnique qu’universaliste.

Elles rejoignent en cela les mouvements d’émancipation nationale dont la vocation est d’obtenir l’indépendance politique de communautés linguistiques, religieuses ou tribales. Mais, au Sri Lanka, au Cachemire ou en Birmanie, ces groupes sont aussi des mouvements d’oppression nationale.

C’est encore le cas des mouvements nationalistes ou religieux en Inde, au Pakistan et au Bangladesh, où les milices islamistes, nationalistes hindoues ou sikhes exercent un contrôle brutal sur leur communauté au moyen d’une véritable police culturelle.

Milices et États entretiennent des relations complexes. Parfois en passe de devenir de véritables États dans l’État, les milices sont également instrumentalisées par les puissances publiques pour relayer leur autorité au niveau local.

Histoire du Naxalisme : Jacqueries et guérillas de l'Inde (1967-2003)
Prakash Singh (Auteur), Roger Lakerschmidt (Auteur), Jean-Claude Lamoureux (Auteur)
Les Nuits Rouges
16 décembre 2003

Les cohortes grandissantes de touristes occidentaux qui vont périodiquement faire le plein de spiritualité en Inde ignorent que, depuis trente-six ans, des guérillas clandestines luttent contre le système social et religieux. Tout au plus connaissent-ils l'équipée de Phoolan Devi, cette femme tour à tour bandit et députée, qui fut assassiné en 1998. Lancé à la suite d'une révolte dans un village bengali, le naxalisme a connu son apogée à la fin des années 1970, mais n'a jamais disparu et reste très actif dans le centre-est du pays, malgré les répressions sporadiques. Parfois comparé au sentier lumineux pour ses méthodes expéditives, ce réformisme armé procède par coups de main, redistribuant la terre et brûlant les actes notariés, comme le fît une fois l'anarchiste Malatesta en 1877. Il comble aussi, à l'instar des maoïstes d'avant 1949, certaines lacunes de l'Etat, ne serait-ce qu'en forçant médecins et instituteurs absentéistes à faire leur travail.

Agenda

Saison indienne
Musée Guimet - 6, place d’Iéna - 75116 Paris - France
d'avril à fin juillet 2011

Le musée Guimet propose de se plonger dans la « Saison indienne » centrée sur trois pôles d'exposition d'avril à fin juillet.

Une cour royale en Inde : Lucknow (18e – 19e siècle)

Exposition conçue et organisée par le Los Angeles County Museum of Art (LACMA)

Du 6 avril au 11 juillet 2011

Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, s’épanouit en Inde du Nord, dans la ville de Lucknow, une société cosmopolite, à la fois indienne et européenne, extraordinairement diversifiée et sophistiquée. Pour la première fois, une exposition d’envergure internationale est consacrée à l’art singulier qui s’y est développé.

L’exposition de Paris – dont le commissariat est assuré par Jacques Giès, Président du musée Guimet, et Amina Taha Hussein – Okada, conservateur en Chef au musée Guimet, en charge des arts de l’Inde – reprend l’exposition conçue par le LACMA et présentée à Los Angeles sous le titre India’s Fabled City: the Art of Courtly Lucknow.

En partenariat avec Arte, Beaux-Arts Magazine, Historia, Libération et Paris-Match

Lucknow, la cité des Nawabs

Lucknow, capitale d’Awadh, une province de l’Empire Moghol située au nord de l’Inde, a vu s’épanouir au XVIIIe et XIXe siècle une société composite, à la fois indienne et européenne. Du milieu du XVIIIe à l’établissement de la domination britannique sur l’Inde en 1858, le rayonnement de Lucknow fut tel que la ville éclipsa Delhi, capitale de la dynastie Moghole, à partir de 1739, artistes, poètes et courtisans trouvèrent refuge dans la province d’Awadh alors que Delhi sombrait dans une période de troubles. Lucknow attira également artistes, voyageurs et commerçants venus d’Europe, séduits par les récits courant sur sa beauté, sa richesse et la générosité de ses dirigeants, les nawabs. C’est le dynamisme des échanges, la rencontre des goûts et des traditions respectives, le style de vie cosmopolite des habitants de ce « Paris de l’Orient », qu’explore cette exposition.

Grandeur et décadence de Lucknow

Loin de se limiter à une simple présentation de l’héritage artistique unique de la cité, Une cour royale en Inde : Lucknow (XVIIIe – XIXe siècle) vise à resituer dans un contexte plus large l’histoire de cette région tout autant que l’histoire et la mémoire coloniale de l’Inde dans son ensemble. Après le soulèvement de 1857 (aussi connu sous le nom de la Grande Mutinerie ou de Révolte des Cipayes), le prestige de Lucknow déclina fortement.

Son rayonnement perdura cependant encore quelque temps, la cité continuant d’être un centre de production d’objets raffinés et une destination prisée par les visiteurs européens et indiens. Si certaines des œuvres tardives témoignent de cette phase de déclin et de la fixation des identités nationales, d’autres rappellent la gloire passée de Lucknow. Dans la culture populaire de l’Inde d’aujourd’hui, la ville occupe une place ambiguë, entre nostalgie d’un temps à jamais révolu et source d’orgueil national et culturel.

Le Paris de l’Occident rend hommage au Paris de l’Orient

Près de deux cents œuvres sont présentées au musée Guimet : peintures à l’huile européennes, aquarelles et gravures, peintures de cour indiennes, textiles et parures ainsi qu’un large éventail d’objets d’art décoratif, pièces d’orfèvrerie, verreries et bijoux. Forme artistique à part entière, mémoire des lieux et outil de propagande qui contribua à la création d’une image politique de Lucknow, la photographie occupe également une place de choix.

Lucknow, au miroir du temps

Du 6 avril au 25 juillet 2011

Une exposition de photographies d’Antonio Martinelli offrira un autre regard sur les splendeurs architecturales et les paysages de Lucknow d’hier et d’aujourd’hui, comme une invitation au voyage et à la contemplation…

En écho à l’exposition « Une cour royale en Inde : Lucknow (XVIIIe – XIXe siècle) », une série de photographies contemporaines sera présentée dans la rotonde du quatrième étage du musée Guimet. Antonio Martinelli a photographié Lucknow des mêmes points de vue que les artistes du passé. Ce projet artistique se présente comme un témoignage sur les changements, les dégradations, mais aussi les rénovations, créant ainsi un pont entre les deux visions artistiques : celles des images anciennes et celle des photographies contemporaines.

Rina Banerjee : Chimères de l’Inde et de L’Occident

Du 25 mai au 26 septembre 2011

Le musée Guimet présente « Chimères de l’Inde et de l’Occident », œuvres contemporaines de l’artiste américaine d’origine indienne Rina Banerjee.

Installées au cœur des collections permanentes, les compositions hybrides et poétiques de Rina Banerjee entrent en résonance avec les œuvres millénaires du musée. Déroulant jusqu’à nos jours les récits entremêlés de l’Histoire en cours, elles offrent l’occasion de porter un regard renouvelé sur les civilisations asiatiques et leurs relations complexes avec l’Occident.

L’EXPOSITION

Sculptures sensuelles mêlant coquillages, crânes d’animaux, plumes et étoffes indiennes ; installations spectaculaires associant objets coloniaux et matériaux plastiques trouvés dans les rues de New York ; dessins oniriques aux couleurs exotiques mettant en scène la transe des corps… Déployées dans l’espace-temps singulier du Musée, les œuvres de Rina Banerjee y expriment – sans doute davantage que dans l’espace vierge de la galerie d’art – les ambiguïtés de sa double appartenance au monde occidental et oriental, les illusions héritées du passé et les « chimères » des temps nouveaux, les contradictions du monde post-colonial et l’envers de la mondialisation.

Au sein de murs chargés d’histoire, saturés de signes sociologiques et religieux, les œuvres de Rina Banerjee révèlent, dans un panthéon de demi-dieux, de figures féminines à l’aspect guerrier et d’animaux fabuleux, la complexité du mixage des cultures et les incessantes luttes de pouvoirs des civilisations.

L’ARTISTE

Née à Calcutta en 1963, Rina Banerjee quitte l’Inde avec sa famille pour l’Angleterre puis les Etats-Unis dans les années soixante. Ingénieur de formation, elle obtient un Master of Fine Arts de l’Université de Yale en 1995 et s’installe à New York, maintenant une relation étroite avec son pays d’origine au travers de réguliers séjours en Asie.

L’expérience singulière de Rina Banerjee informe une œuvre inédite et syncrétique qui mêle mythologies et religions, anthropologie et conte de fées, exotisme et tourisme de masse. Remettant en question l’ordre du monde dans une explosion d’imagination et de matériaux, ce travail délicat mais menaçant donne naissance à des êtres en mutation, des créatures parfois monstrueuses, métaphores d’un monde en perpétuel devenir.