MIGRATIONS : QUE FAIT L’UNION EUROPÉENNE ? (3/3) Cette émission a été diffusée la première fois en avril 2009

Lectures

L’UE et l’immigration clandestine. De la sécurité intérieure à la construction de la communauté politique

La lutte contre l'immigration clandestine est aujourd'hui l'une des priorités de l'Union européenne. Volet essentiel d'un projet communautaire de sécurité intérieure, le combat contre les illégaux n'en soulève pas moins d'épineuses questions. La lutte contre l'immigration illégale semble tout d'abord chimérique tant les objectifs fixés excèdent les moyens techniques, humains et financiers disponibles. Ensuite, en rendant le passage vers l'Europe de plus en plus compliqué et dangereux, cette politique provoque indirectement la mort de centaines de migrants chaque année. Elle favorise enfin le déploiement des filières criminelles de trafic et de traite des êtres humains. En bref, loin d'œuvrer à la légitimation de l'Union auprès de ses citoyens par le biais du renforcement de leur sécurité, la politique en matière d'immigration irrégulière risque d'avoir des effets contraires en jetant le doute tout à la fois sur l'efficacité des politiques européennes et sur les valeurs qui les sous-tendent. Pourquoi un projet mené au nom des principes de liberté, de sécurité et de justice ne se voit-il pas davantage remis en cause alors qu'il conduit surtout à une détérioration de la sécurité des migrants ? C'est à cette interrogation que le présent ouvrage entend donner des éléments de réponse, en partant de l'idée que la politique de lutte contre l'immigration clandestine ne peut être réduite à ses objectifs affichés mais doit être restituée dans le cadre plus large du processus d'intégration européenne. En touchant au problème du contrôle des frontières extérieures de l'Union, la lutte contre l'immigration illégale pose en effet la question des frontières symboliques qui définissent les conditions de l'appartenance à un ordre politique déterminé. Elle active des mécanismes d'inclusion et d'exclusion sans lesquels un corps politique ne peut voir le jour et se maintenir. Dans cette perspective, si la stratégie de mise à l'écart des étrangers indésirables répond aux objectifs de contrôle et de sélection des ressortissants des pays tiers autorisés à accéder au territoire des Etats membres, elle participe également à la construction d'une figure inquiétante de l'Autre fondant l'identité européenne sur la peur des clandestins. Biographie de l'auteur Denis Duez est chargé de cours à l'Institut d'études européennes des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles ainsi qu'à l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles. Il est également Visiting Fellow auprès du European Studies Centre du St Antony's College de l'Université d'Oxford.

Notre Europe
Sous la direction de Michel Rocard et Nicole Gnesotto
09/2008

La construction européenne n’est pas une entité abstraite, lointaine, complexe, incontrôlable, et donc mal aimée, mais une réalité inséparable de notre vie quotidienne (l’inflation, la sécurité, le social, la culture, etc.), un acteur et un enjeu de tous les jours et pour tous les avenirs (la paix, la mondialisation, le sort de la planète, etc.). Mais l’un des drames de l’Europe est de susciter une communication négative, soit comme bouc émissaire des difficultés nationales, soit comme symbole d’impuissance sur la scène internationale… C’est pourquoi Notre Europe insiste au contraire sur la « face cachée » de l’influence européenne, autrement dit sur ce qu’elle a d’ors et déjà apporté d’essentiel à notre quotidien. Rocard, Geremek, Cohn-Bendit, Jouyet, Lamassoure…

Bibliographie : Nicolas Baverez, Joachim Bitterlich, Jean-Louis Bruguière, Philippe Busquin, Daniel Cohen, Daniel Cohn-Bendit, Renaud Dehousse, Michel Foucher, Bronislaw Geremek, Charles Grant, Jean-Pierre Jouyet, Alain Lamassoure, Thierry de Montbrial, Jean Pisani-Ferry, Jean Quatremer, Laurence Tubiana, Hubert Védrine et Wim Van Velzen.

Agenda

À chacun ses étrangers ? France-Allemagne de 1871 à aujourd'hui
Cité de l’immigration / Palais de la Porte Dorée / Paris jusqu'au 19 avril 2009
Deutsches Historisches Museum / Berlin du 15 octobre 2009 au 3 janvier 2010

« L’histoire des migrations s’écrit à l’échelle du monde. Pour comprendre les enjeux des constructions identitaires et des représentations de l’étranger, il faut comparer, sortir des frontières, aller interroger d’autres trajectoires migratoires. En confrontant les images de l’Autre en France et en Allemagne, l’exposition « A chacun ses étrangers ? » propose une relecture des histoires nationales à la lumière de ces représentations.

Histoires parallèles, à partir de 1870, de deux États-nations qui se revendiquent l’un de la citoyenneté, l’autre d’origines ethniques et culturelles. Histoire conflictuelle de deux « ennemis » qui se sont durement affrontés à trois reprises, entre 1870 et 1945. Histoire paradoxale, enfin, qui finit par réunir un pays qui fut longtemps d’émigration, l’Allemagne, et un pays d’immigration, la France, dans un destin partagé au sein de l’Union européenne. Aujourd’hui, en dépit des résistances, des tensions et des rejets, l’une et l’autre acceptent la diversité et renouvellent ainsi leur représentation de la nation. Comment les étrangers sont-ils perçus en France, comme en Allemagne, de 1871 jusqu’à l’actualité la plus récente ? »

À travers 300 objets (photos, presse, discours publics, affiches, caricatures, chansons, cartes postales, films, œuvres d’art contemporain..), l’exposition décrypte les représentations de « l’étranger » les nombreux stéréotypes et les quelques images positives-en France d’une part, et en Allemagne d’autre part. Que révèlent ces images de « l’Étranger », qu’il soit de nationalité étrangère (immigrés de la première génération) ou simplement différent (enfants d’étrangers, colonisés, juifs...)? Comment se construisent ces représentations de l’Autre ? Quel est le rôle des médias et de la parole politique dans la diffusion et la construction de ces images ? Comment s’inscrivent-elles dans la sphère publique ? Comment ont-elles pu être relayées dans les discours jusqu’à les transformer en actions politiques ? Et aujourd’hui quelles sont les zones de contacts et de métissage ? En filigrane, ces représentations de l’Autre racontent comment l’identité de la France et de l’Allemagne se sont construites jour après jour. Hier séparés par leur histoire nationale et leurs modèles d’intégration, la France et l’Allemagne, les deux pays d’immigration les plus importants en Europe, font face aujourd’hui aux mêmes défis : la diversité de leurs sociétés, la globalisation des échanges, l’élaboration des politiques européennes.

L'exposition, produite par la Cité en partenariat avec le Deutsches Historisches Museum (Berlin), est présentée à Paris au Palais de la Porte Dorée du 16 décembre 2008 au 19 avril 2009 puis à Berlin du 15 octobre 2009 au 3 janvier 2010.

Autour de l'exposition :

la Cité et le Goethe Institut proposent une riche programmation : conférences, musique, théâtre, cinéma, ateliers...

En écho à l'exposition, des initiatives du réseau des partenaires de la Cité sont présentés dans le Hall Marie Curie.

Pour en savoir plus :

- Catalogue de l'exposition À chacun ses étrangers ? En France et en Allemagne, de 1871 à aujourd’hui, coédition CNHI - Actes Sud, janvier 2009 .

- Revue Hommes et Migrations France-Allemagne : deux pays d'immigration en Europe, coordonné par Catherine Wihtol de Wenden, CERI, Février 2009 (Ed. CNHI), 10€.

- Petit journal de l'exposition : gratuit

Sites Internet :

"In der Fremde – daheim" : Ce site internet fait le lien entre l’exposition, la thématique de l’immigration et des manifestations culturelles. Il propose de la documentation, des dossiers pédagogiques et du matériel audio à l’adresse des enseignants (de langue principalement, mais aussi de lettres et d’histoire-géographie) et de tous ceux qui s’intéressent à cette thématique : www.goethe.de/france/migration