NÉO-MERCENAIRES : LA GUERRE PRIVATISÉE Cette émission a été diffusée la première fois en avril 2010

Lectures

Irak, terre mercenaire Les armées privées remplacent les troupes américaines
Georges-Henri Bricet des Vallons
Favre
01/2010

Cet ouvrage retrace les cinq années de chaos pendant lesquelles les sociétés militaires privées ont tiré profit du conflit en Irak. L’auteur, spécialiste des questions de défense, revient sur l’histoire de cette guerre, sur les conditions stratégiques qui ont permis l’émergence de ces nouveaux empires de la violence privée et la constitution d’un véritable marché de la guerre où le profit s’écrit en lettres de bitume et de sang.

Un extrait de la préface de Jean-Philippe Immarigeon

"...La mercenarisation de la pensée de la guerre, puis de la guerre elle-même, est donc inscrite dans l’histoire étatsunienne. Elle est alimentée par l’imagerie hollywoodienne qui présente, à côté de l’étalage de puissance technologique et numérique, le soldat en mission de commando dans des environnements toujours plus exotiques et toujours plus dangereux. Le soldat américain y fait son « job » et agit comme un mercenaire. On sera alors passé d’une armée du peuple, voire du peuple en arme, à une armée de professionnels, conséquence logique de l’idée d’une projection rapide dans le cadre d’une guerre préemptive de toute agression contre le territoire national. Car une telle guerre ne peut tenir longtemps dans un cadre de conscription, et pas seulement pour des raisons de haute technicité et de parfaite maîtrise du matériel : la patrie n’étant pas visiblement et immédiatement en danger, pourquoi aller mourir pour Dantzig ou se sacrifier à Kaboul ?

Même si les besoins considérables de turn-over en Orient imposent d’y envoyer sur place tout ce qu’il y a de disponible, le format théorique de l’armée américaine est bien aujourd’hui à deux vitesses : celui d’une armée domestique ou National Guard pour la sécurité du territoire, avec ou sans réservistes, et d’une « Légion Etrangère » sur-équipée (rôle que joue déjà le Marine Corps, armée dans l’armée), pour les opérations de police à l’extérieur. Encore faut-il bien comprendre ce que les Américains entendent par là. Les guerres en Irak, en Afghanistan, au Pakistan ou ailleurs ne sont pas des opérations de police internationale dans un monde globalisé dont les Etats-Unis porteraient le lourd fardeau et accepteraient le rôle du gendarme : elles sont des opérations délocalisées de police américaine pour la seule protection des intérêts américains et la quiétude des seuls citoyens américains. Et il en a toujours été ainsi dans les discours des présidents, de Wilson à Obama en passant par Truman et Bush : nous faisons la police à Berlin, Saigon, Bagdad ou Kaboul pour ne pas avoir à la faire à Little Rock, Saint-Louis, ou Bâton-Rouge mais c’est la même.

Après la professionnalisation, entendue comme mercenarisation, vient une autre étape : la privatisation. Là encore nos armées d’ancien régime connaissaient le phénomène (les légions de Lauzun et Dillon, par exemple, lors de la guerre d’Indépendance américaine). Sauf que, et c’est un des grands mérites de l’ouvrage de Georges-Henri Bricet des Vallons que de le montrer, s’est entre temps greffée sur ce processus, pour lui donner un fondement idéologique, une théorie elle aussi née du temps des rois : l’anarcho-capitalisme souvent nommé ultra ou néo-libéralisme – et on se demande pourquoi « néo » vu qu’il ne s’agit que des remugles des théories d’Adam Smith & Co. ...".

( pour la préface in extenso : americanparano.blog.fr/2010/01/05/la-guerre-americaine-aura-t-elle-jamais-lieu-7696898/)

Sécurité Globale
Numéro 8
Choiseul
2009

Revue de référence consacrée aux enjeux de sécurité intérieure et internationale, Sécurité Globale consacre son numéro 8 au thème de la privatisation de la guerre, vue sous ses multiples aspects.

A travers de nombreux articles et études de cas, les auteurs s’interrogent sur les pratiques d’externalisation des armées occidentales, ainsi que sur les évolutions envisagées dans le contexte changeant des conflits de l’après-guerre froide et de l’après 11 septembre ? Confiné dans certains pays à des tâches purement logistiques, touchant de manière plus ou moins directe le domaine régalien qu’est la conduite de la guerre, le recours aux sociétés privées pose la question de l’atteinte à la souveraineté des Etats qui les emploient. En particulier, si le désengagement progressif de l’Irak semble vouer à disparition le terrain privilégié pour l’exercice des compagnies privées, un article de Philippe Chapleau – observateur attentif des SMP depuis leurs premières apparitions – nuance cette idée tout en présentant les opportunités de développement à venir.