OCCIDENT, L’EMPIRE DU SOLEIL COUCHANT ? (2/2) Cette émission a été diffusée la première fois en mars 2011

Lectures

Notre maison brûle au sud
Serge Michailof et Alexis Bonnel avec une préface d'Erik Orsenna et postface de Jean-Michel Severino
Fayard Collection : Essais
03/2010

Dans notre monde instable, nombre de régions à la dérive sont devenues de dangereux chaudrons où bouillonnent misère et frustrations. Serge Michailof et Alexis Bonnel décrivent les chocs qui, au cours des prochaines décennies, vont frapper d’abord le Sud puis, par ricochet, nos pays riches. L’un des rares outils disponibles pour permettre de construire des États viables dans les régions en crise, autant que pour rendre enfin attractif le développement durable : une aide publique au développement entièrement repensée. Notre maison brûle au Sud. Et si nous regardions ce que nous pouvons faire au Nord ?_« Ce livre, je l’attendais depuis longtemps. Qui d’autre que Serge Michailof pouvait nous livrer une telle somme d’analyses mais aussi de propositions ? L’aide peut être fatale. Mais plus fatal encore serait son arrêt. Voici ce que j’ai appris de lui. Voici ce que j’ai retrouvé avec admiration et gratitude dans le livre qu’il nous propose avec Alexis Bonnel aujourd’hui. » Extrait de la préface d'Erik Orsenna, de l'Académie française_Aujourd’hui enseignant à Sciences Po, Serge Michailof a été l’un des directeurs de la Banque mondiale et le directeur des opérations de l’Agence française de développement (AFD). Ancien de la Banque mondiale, Alexis Bonnel a été responsable de l’environnement et des infrastructures à l’AFD et est à présent conseiller du directeur technique des opérations.

Nouveaux rapports de force, nouvel équilibre ?

Grasset. Collection : les cahiers du Quai d'Orsay, la revue « Mondes »

Les nouveaux rapports de force qui caractérisent les relations internationales laissent-ils entrevoir la possibilité d’un nouvel équilibre des puissances ?

Rappelant l’historique de celui qui prévalut en Europe après le traité d’Utrecht et le Congrès de Vienne, Georges-Henri Soutou explique comment la compréhension de ce système permettrait de mieux identifier les conditions de nouveaux équilibres. _Pour François Bujon de l’Estang, l’interdépendance éco-nomique et financière qui lie de nombreux États entre eux favorise davantage un concert des nations qu’un « balance of power » similaire à celui de la Guerre froide. _Un nouvel équilibre des puissances ne dépendrait d’ailleurs pas seulement des puissances établies ni des grands pays émergents : Christophe Jaffrelot montre comment de nouveaux acteurs de la vie internationale occupent une place de plus en plus active dans sa construction. _De même, Karim Benyekhlef précise que cet équilibre devrait désormais compter avec les multiples acteurs non-étatiques transnationaux, dont l’impact sur le système international, depuis le passage à l’ère numérique décrit par Bertrand de La Chapelle, ne peut plus être négligé.

Le site www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/edito_MONDES_N5-FR-2.pdf en propose la lecture de l'éditorial signé par Michèle Alliot-Marie : L’influence française au service de l’équilibre mondial

Le monde occidental est-il en danger ?
Sous la direction de Pascal Boniface, Collectif Dalloz-Sirey
La revue internationale et stratégique N° 75
09/2009

Longtemps dominant dans les relations internationales, l'Occident montre actuellement des signes de vulnérabilité. Il est embourbé militairement dans les conflits en Afghanistan et en Irak, concurrencé par des puissances émergentes. La crise économique actuelle remet en cause son modèle de développement capitaliste. Les contributions analysent le rôle de l'Occident sur le plan international.

Au sommaire :

Du monde occidental au temps de l'humanité : une révolution nécessaire

Des Occidentaux peu crédibles à défendre les valeurs

L'avenir de l'Occident et le monde musulman

Pour exister l'Occident a besoin d'épouvantails

Crise identitaire du monde occidental

Le spectre d'Al-Qaïda

Elargir et repenser la notion d'occident

Don't Panik !

Ce que l'Occident a apporté au monde

Du G20 au G2 : y a-t-il encore une place pour l'Europe dans la cour des grands ?

L’Occident est-il fini ?

Courrier international Hors-série n° 2011-2
02.2011

Ne pas jouer les Cassandre - l'éditorial de C. André & P. Thureau-Dangin :

Parler du “déclin de l’Occident” est toujours périlleux. On songe aussitôt à l’essai controversé de l’Allemand Oswald Spengler, qui date de 1918.

On pense aussi à tous les mouvements d’extrême droite qui agitent ce chiffon rouge depuis un siècle, sous-entendant évidemment le déclin de l’homme blanc…

Aujourd’hui, la situation n’est plus exactement la même. Les pays occidentaux sont largement métissés, à commencer par la société américaine. Et le déclin est devenu palpable, tant sur le plan économique que politique. Les Etats-Unis, qui se croyaient seuls en scène dans les années 1990, se voient concurrencés par l’Asie – en particulier par la Chine et par l’Inde. L’Europe est de plus en plus marginale dans les affaires du monde. Et, dans un proche avenir, on verra aussi le plein essor du Brésil…

Dans ce hors-série, nous laissons une large place aux voix de ces pays que l’on disait émergents mais qu’il faut désormais appeler conquérants : elles nous décrivent un monde dont l’Occident n’est plus le centre.

Il ne s’agit ni de s’affliger ni de jouer les Cassandre. Mais de comprendre les enjeux et de réfléchir à cet avenir qui suscite des inquiétudes. Avec à l’esprit cette question centrale : le tournant que nous pouvons observer signifie-t-il la fin de la civilisation occidentale et de ses valeurs ou au contraire la dissémination de celles-ci dans le monde entier, comme en témoigne le printemps arabe auquel nous assistons ?

Au sommaire : _-La fin de l’hégémonie de l’Oncle Sam - L’Europe marginalisée - Le déclin de l’Ouest vu par le reste du monde - Les nouvelles ambitions de l’Asie -_- Une ère nouvelle :Où l’on passe d’un monde unipolaire à un monde multipolaire _-La chute d’un empire : Tant au plan géostratégique qu’économique, Washington doit s’adapter à la nouvelle réalité _-Un si vieux continent : Usée, l’Europe ? De nombreux signes le laissent penser _-Les conquérants : Depuis l’an 2000, on ne peut plus parler de pays émergents _-Vu d’ailleurs : L’Ouest n’est plus au centre du jeu et les critiques à son égard se font toujours plus vives _-Portraits : Ils ont pensé le déclin de l’Occident. Ou théorisé l’émergence d’autres valeurs _-Repères : Six cartes pour comprendre le basculement du monde depuis la Renaissance jusquà 2050

L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie
Hervé Kempf
Seuil Collection: L'histoire immédiate
01/2011

Sommes-nous en dictature? Non.

Sommes-nous en démocratie? Non plus. Les puissances d'argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu'ont oubliée les politologues : la domination d'une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l'ensemble des citoyens.

Si nous voulons répondre aux défis du XXle siècle, il faut revenir en démocratie: cela suppose de reconnaître l'oligarchie pour ce qu'elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques. Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique: l'Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète.

Il n'y parviendra qu'en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l'équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l'autoritarisme. Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.

L'auteur en quelques mots...

Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, les précédents ouvrages d'Hervé Kempf, ont rencontré un réjouissant succès.

Ils ont été traduits dans de nombreuses langues. L'intérêt soutenu qu'ils continuent de susciter en fait désormais des références de l'écologie politique.

L'univers dans un monde post-occidental
Sous la direction de Olivier Mongin Revue Esprit
Esprit (editions)
01/02/2009

Revue mensuelle indépendante fondée en 1932 par Emmanuel Mounier, Esprit est une revue d'idées engagée dans son temps. Elle s'efforce d'illustrer une approche généraliste de notre présent, entre la culture médiatique et les études savantes. Généraliste et soucieuse de l'intérêt général, elle se consacre à décrypter les évolutions de la politique, de la société et de culture, en France et dans le monde.

Au sommaire :

Editorial: Changing climates. Esprit

Au coeur de la revue, le sommaire du dossier principal :

L’UNIVERSEL DANS UN MONDE POST-OCCIDENTAL

GUILLEBAUD Jean-Claude : L’Occident dans une planète décentrée (entretien)

Avec la fin de la « séquence occidentale », la géographie du monde a changé : elle ne s’organise plus à partir d’un centre qui rayonnerait sur une périphérie dominée. L’interprétation de la modernité n’est plus le privilège de l’Occident : loin de constituer un recul pour l’Europe, c’est une chance de relire nos traditions qui s’ouvrent à nous si nous savons écouter les auteurs du mouvement...

KECK Frédéric : Une querelle sinologique et ses implications. À propos du Contre François Jullien de Jean-François Billeter

Que peut nous apprendre une querelle en apparence spécialisée sur la traduction de la culture chinoise ? Cette patiente analyse d’une controverse intellectuelle contemporaine permet de mieux comprendre l’enjeu, pour la philosophie occidentale, de la confrontation à la pensée chinoise. Mais, surtout, l’auteur plaide pour intégrer l’approche anthropologique au sein de ce débat,...

CHEDDADI Abdesselam : La théorie de la civilisation d’Ibn Khaldûn est-elle universalisable ?

Historien précurseur de la sociologie et de la philosophie de l’histoire, Ibn Khaldûn (1332-1406) peut-il encore nous aider à penser les relations entre civilisations à l’heure de la mondialisation ? En mettant en avant le conflit entre unité et diversité, la perfectibilité de la civilisation mais aussi sa corruptibilité, il peut nous aider à nous défaire d’une croyance naïve dans le progrès ou de...

CHEDDADI Abdesselam : Traduction et culture dans le monde arabe

Comment concilier ouverture au monde et défense de son identité ? Si cette question est aujourd’hui globale, les pays arabes ont particulièrement du mal à y répondre. La faiblesse du nombre des traductions en arabe en est notamment un indice. Mais comment comprendre cette difficulté et quelles sont les responsabilités respectives de la religion, de la langue et de la culture dans ce déficit...

SOKOLOGORSKY Igor: Le despotisme est-il toujours un mal ? La querelle de Voltaire et de Rousseau à propos de Pierre le Grand

Nous faisons souvent remonter aux Lumières notre tradition de défense des libertés. Pourtant, au sein de celles-ci, l’éloge du « despotisme éclairé » était fréquent, en particulier sous la plume d’un de ses porte-parole, Voltaire. Si Rousseau paraît un meilleur défenseur des principes de la liberté, leur querelle est cependant loin d’être univoque… et leur héritage loin d’être monolithique.

Le site propose le sommaire in extensio et quelques études en accès libre.

L'Occident mondialisé - Controverse sur la culture planétaire
Hervé Juvin , Gilles Lipovetsky
Grasset Collection : Nouveau Collège de Philosophie
03/2010

Depuis la chute du Mur en 1989, la mondialisation est en débat.

Entre l'horizon d'une "fin de l'histoire", démocratique et capitaliste, et la perspective d'un "clash des civilisations", la polémique a fait rage. Hervé Juvin et Gilles Lipovetsky reviennent sur cette controverse. Ils la nuancent et l'approfondissent sans, pour autant, mettre de côté leurs divergences

Le règne de l'hyperculture : cosmopolitisme et civilisation occidentale

Culture et mondialisation

Hervé Juvin dirige l'Eurogroup Institute, société de conseil qu'il a créée. Il est l'auteur de L'avènement du corps (Gallimard, 2005) et de Produire le monde (Gallimard, 2008).

Gilles Lipovetsky, professeur agrégé de philosophie, est un sociologue réputé. Il est l'auteur, entre autres, de L'ère du vide et de L'empire de l'éphémère. Il a publié, chez Grasset et dans la même collection, Les temps hypermodernes.

L'occident décroché - Enquète sur les postcolonialismes
Jean-Loup Amselle
Editeur : Hachette Collection Pluriel
01/2011

Le postcolonialisme est un courant de pensée critique animé par des penseurs indiens, africains ou d'Amérique latine. Ils mettent en cause l'héritage de la domination coloniale dans les savoirs construits par les sciences sociales sur les sociétés dominées. Dans cet ouvrage, Jean-Loup Amselle a entrepris une présentation critique des auteurs de ce courant, ainsi que des foyers de cette contestation de l'Occident. Tout en exposant les arguments et les cheminements de cette mouvance, l'auteur montre comment certains d'entre eux versent dans des formes de primitivisme et d'essentialisme culturel, reprenant parfois à leur compte les stigmates coloniaux en tentant d'en inverser le sens. Le postcolonialisme ne serait-il pas ainsi, par une nouvelle ruse de la raison, le moyen le plus sûr d'asseoir la domination hégémonique de l'Occident, en semblant vouloir la renverser ?

À propos de l'auteur : Anthropologue, directeur d'études à l'École des hautes Études en Sciences Sociales, Jean-Loup Amselle a notamment publié Vers un multiculturalisme français (1996), et récemment, Rétrovolutions, Essai sur les primitivismes contemporains (Stock, 2010).

Pour un compte-rendu détaillé : etudesafricaines.revues.org/13262

Démocraties en péril Déclin de l'occident
Yves Ponroy
Editeur : L'Harmattan Collection : Questions contemporaines
22/10/2010

Les changements en cours dans nos sociétés modernes se sont considérablement accélérés et l'incertitude du lendemain n'a sans doute jamais été aussi grande dans l'histoire de l'humanité.

Les crises en cours ont récemment aggravé nos peurs du futur au point que c'est l'avenir même de la société occidentale et son modèle économique qui sont menacés : crise financière, crise économique, crise énergétique, crise démographique, crise alimentaire, crise environnementale, crise des valeurs traditionnelles, crise démocratique et surtout crise morale. Ces dangers sont perceptibles à chaque niveau de nos sociétés et constituent un syndrome global qui pourrait conduire à un déclin persistant des démocraties.

L'auteur passe en revue ces menaces et montre comment l'accumulation de ces facteurs de risques pourrait soudain mener à la violence puis à l'effondrement. Les démocraties occidentales se retrouvent ainsi face à leur plus grand défi : soit réformer profondément et fondamentalement leurs moyens et leurs buts, soit attendre l'effondrement : le soleil se couche à l'Ouest, combien de temps faudra-il attendre l'aurore ?

Le sacrifice inutile - Essai sur la violence politique
Paul Dumouchel
Flammarion
02/2011

La fonction première de l'Etat moderne est d'assurer la protection de ses citoyens: de les protéger les uns des autres et de les défendre contre les adversaires extérieurs.

Pourtant, les violences à l'égard des populations civiles, les génocides, nettoyages ethniques ou massacres organisés sont pour l'essentiel perpétrés par des Etats et, dans une large mesure, contre leurs propres citoyens. Le présent essai montre que ces actes ne sont pas des accidents contingents, mais des événements inscrits dans la structure même de l'Etat. Par un saisissant retournement, ce dernier; ne pouvant plus faire de l'ennemi extérieur un bouc émissaire, s'est mis à multiplier les ennemis de l'intérieur.

Cet affolement de la raison politique révèle l'échec de son mécanisme constitutif: le transfert de la violence vers des victimes acceptables. Ainsi l'ordre politique moderne, censé remplacer le sacrifice archaïque, repose sur une économie de la violence de même nature, mais beaucoup moins efficace. Les sacrifices à la nation, à la cause ouvrière ou à toute cause transcendant l'individu sont, eux aussi, devenus inutiles.

La violence politique s'avère incapable de donner naissance à un ordre stable. Cette autodestruction du politique est l'un des signes les plus inquiétants de notre temps.

Paul Dumouchel enseigne la philosophie à l'université Ritsumeikan de Kyoto.

Auteur de nombreux articles, il a également publié L'Enfer des choses (avec Jean-Pierre Dupuy, Seuil, 1979) et Emotions. Essai sur le corps et le social (Synthélabo, 1995).

Agenda

Maîtres vénitiens et flamands Bellini, Tiziano, Canaletto - Van Eyck, Bouts, Jordaens…
Palais des Beaux-Arts Bruxelles
Du 11.02 au 08.05.2011

Après une première rencontre autour de la collection des Savoie, en 2009, les musées de Flandre et du Nord de l’Italie mettent à nouveau leurs écoles en perspective dans une ébouriffante sélection picturale. Du 15e au 18e siècle, quatre siècles de confrontations entre 15 chefs-d’œuvre du Musée des Beaux-Arts d’Anvers et une cinquantaine de toiles de l’Accademia Carrara de Bergame, l’une des plus belles collections de peintures vénitiennes.

Venetian and Flemish Masters propose un parcours chronologique : quatre siècles pour quatre sections traitant, à l’intérieur de chacune d’elles, de quatre grands thèmes - le portrait, les saints au milieu de la nature, le sacré et le profane, les vues panoramiques. Au quattrocento, Bellini influence Van Eyck avec ses portraits, tandis que celui-ci exporte son naturalisme. Au cinquecento, les Vénitiens s’émancipent des techniques des primitifs flamands. Titien, Tintoret, Véronèse font exploser la couleur et illuminent les paysages de Patenier. Au seicento, Rubens, en Italie, déteint sur Tiepolo. Enfin, au settecento, les styles prolifèrent dans une Venise à l’agonie, des clichés de Canaletto aux scènes de genre sarcastiques de Guardi qu’influence la démesure de Jordaens. Non, les écoles vénitienne et flamande n’auraient pu exister l’une sans l’autre.

Le site propose un entretien avec le commissaire de l'exposition, Giovanni Federico Villa.

Giovanni Federico Villa, vous êtes commissaire de cette exposition.

Pourrait-on résumer qu’il y a d’abord une influence manifeste des primitifs flamands, encore ancrés dans le gothique. Puis, avec l’éclosion de la Renaissance et l’émergence du sentiment, au moment où la figure de l’Homme devient plus centrale, la montée en puissance de l’Italie… Avec le gothique international, qui a mis tout ensemble, nous avons un point de départ. Pisanello en est l’artiste de référence. Puis nous avons les Van Eyck, les Van der Weyden qui influencent la peinture italienne. Celle-ci influence ensuite la peinture flamande du début du 16e siècle, comme dans les œuvres de Joaquim Patenier. À Venise, on découvre l’atmosphère et la nature avec Bellini, premier peintre qui représentent les saints, les vierges à l’enfant au milieu de la nature – chose qui fascine alors les peintres flamands. Quand Patenier place des personnages minuscules dans un large paysage, il regarde la peinture vénitienne de Giorgione, Titien et Bellini. Titien continue d’ailleurs d’évoluer, associant l’atmosphère à la définition du paysage. Au 16e siècle, nous avons deux voies très différentes : les Vénitiens vont poursuivre dans cette idée d’atmosphère, de descriptions faites au moyen de la couleur, soulignant au passage le rôle social des figures représentées et la beauté des images. Vous verrez des portraits d’une gente dame entourée de ses deux fils et munie d’une coiffe extraordinaire. Chez Tintoret : un portrait viril d’homme paré des habits élégants de son rang et, à travers la fenêtre, une vue de ses propriétés. Mais à la même époque, dans la peinture flamande, vous êtes aux antipodes avec Pourbus, par exemple, qui incarne en peinture les avancées de la Réforme de Luther – perfection, dignité et sévérité des visages.

Deux modèles de société qui se regardent en chiens de faïence ? Oui.

D’un côté, il y a Venise, la ville royale où le monde se doit de passer. Porte de la Méditerranée, c’est une ville très belle, très lumineuse. Dans les Flandres prévalent plutôt une politique, une économie plus rigoureuse, dont témoignent les artistes locaux. Puis, à la fin du 16e siècle, les grands artistes flamands comme Rubens font le grand tour d’Italie et passent aussi par Venise.

Le voyage obligé de tous les artistes… Oui. Et par certains aspects, la peinture de Rubens va influencer celle de Venise qui, à cette époque, commence à se replier sur elle-même et ne voit plus naître de nouveaux génies. Au 17e siècle, les artistes vénitiens se tournent vers le passé. Le déclin commence. Elle ne produit plus elle-même de grands artistes, mais accueille les artistes étrangers, de Flandres, de France, de Rome, etc. Venise devient le creuset d’un dialogue européen. Rubens regarde les couleurs de Véronèse, le traitement formel de Titien. Tout comme Padovanino qui reproduit des chefs-d’œuvre de Titien. Ainsi le même type de corps nu apparaît dans les peintures flamande et vénitienne. Il y a un lien entre des artistes comme Pietro Vecchio, un peu surréaliste, caricatural, et un Jacob Jordaens et son Bacchus gargantuesque. Ces deux cultures se voient, dans ce moment de crise, récupérées par les artistes.

Cette tendance se marque encore plus au 18e siècle, dernière étape de l’exposition… C’est une époque de contrastes. La peinture des Flandres se concentre surtout sur la nature morte, les grands paysages théâtralisés. Tandis qu’à Venise, les clichés très précis de Canaletto s’imposent. Ils sont réalisés avec une camera obscura (chambre noire, l’ancêtre de la photographie, ndlr.). Il assemble ses différentes prises de vue dans des œuvres comme Le Canal Grande. Francesco Guardi, lui, présente une peinture de touches, complètement différente, et des sujets sarcastiques comme un polichinelle qui urine ou exécute des pitreries. Évoquons encore les masques de Pietro Longi qui semblent dire que Venise, c’est fini ; que l’histoire s’est perdue avec l’arrivée de la démocratie et de Napoléon.

Entretiens (magazine & vidéo) : Xavier Flament.